Nuit agitée à Lomé, colère sourde dans le pays. Alors que la capitale vibrait au son des casseroles et des klaxons, la jeunesse togolaise brise le silence.
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La nuit du 5 au 6 juin 2025 restera comme un marqueur. À Lomé, des klaxons hurlent, des casseroles résonnent, et les carrefours bruissent d’une colère que plus rien ne semble contenir. Dans plusieurs quartiers de la capitale, la jeunesse est descendue spontanément dans les rues. Pas pour fêter, mais pour crier son ras-le-bol face à la vie chère, l’abus de pouvoir, et l’absence de perspectives.
Symbole fort : la place de la Colombe — ce lieu emblématique du régime, habituellement sous surveillance stricte — a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Un acte de défi. Un acte de courage. Un acte politique.
Depuis plusieurs semaines, le malaise est palpable. L’arrestation musclée de l’artiste engagé Aamron dans la nuit du 26 mai a jeté un nouveau froid. Incarcéré pour avoir simplement exprimé ses convictions, le chanteur a dû, face caméra, présenter des excuses publiques. Mais loin d’apaiser les tensions, cet épisode a ravivé la flamme d’une jeunesse déjà en quête de justice.
Et voilà que, dans ce climat lourd, une voix inattendue s’élève : celle de l’ancienne ministre des Armées, Essossimna Marguerite Gnakadé. Dans une déclaration datée du 4 juin, elle brise le silence des hautes sphères en appelant à la libération immédiate de tous les prisonniers politiques au Togo. Elle cite nommément plusieurs d’entre eux : Kpatcha Gnassingbé, Commandant Abi Atti, Abdoul Aziz Goma, Affectio, Jean-Paul Oumolou, Abdoul-Fadel Ouattara, et Aamron.
APPEL-a-la-liberation-des-prisonniers-politiques« Le peuple togolais est pris en otage par une dictature qui refuse toute possibilité d’alternance, malgré le désaveu populaire et les échecs cuisants », écrit-elle.
Dans un pays où toute contestation est systématiquement criminalisée, cette sortie publique est d’une portée exceptionnelle. Elle intervient alors que la réforme constitutionnelle d’avril — imposée sans consultation — a ouvert la voie à un pouvoir à vie pour Faure Gnassingbé, dans un simulacre de régime parlementaire où le peuple n’a plus voix au chapitre.
Alors que les Togolais se réveillent ce 6 juin dans une atmosphère tendue, beaucoup s’interrogent : sommes-nous à l’aube d’un tournant historique ? La colère populaire, jusque-là contenue, semble entrer dans une phase nouvelle. Celle de la désobéissance civile ? Peut-être. Mais surtout celle de la reconquête de la parole, du droit, et de la dignité.
Le pouvoir écoutera-t-il enfin le message de la rue ? Ou poursuivra-t-il dans la voie du mépris et de la répression ? Une chose est sûre : la peur change de camp.